Centre de Ressources

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Préserver et partager les terres agricoles

CLAJ Ferme de La Batailleuse

Une ferme-école et pédagogique en auto-gestion

11/10/2025
01/10/2026

Infos synthétiques sur l’IFAC

Bourgogne-Franche-Comté
Route de la Batailleuse 25370 ROCHEJEAN
75
Oui
Association
1971
Non
Non concerné
l’IFAC accueille diverses activités en son sein
Commune et propriétaires privés
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Souleret 03 81 49 91 84
Ferme 03 81 49 91 15

Infos synthétiques sur la ou les fermes concernées par l’IFAC

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Elevage bovin et caprin lait (transformation en fromages et yaourts), atelier boulangerie (pains, pizzas, pâtisseries, biscuits...)

L’association du Club de Loisirs et d’Actions de la Jeunesse (CLAJ) de Franche-Comté est créée en 1980 dans l’idée de mettre en œuvre un projet politique fort et engagé : celui de rendre les séjours de vacances accessibles à tous les enfants. Pour développer cet engagement dans une approche basée sur l’éducation populaire, les membres de l’association se sont lancés dans la création d’un centre d’accueil (nommé le Souleret) attenant à une expérience agricole atypique avec la ferme de la Batailleuse. Dès le départ, aussi bien la ferme que le centre d’accueil sont conçus comme des outils pédagogiques pour les enfants accueillis lors des séjours.

Nichés au creux des reliefs du massif du Jura, le Souleret et la ferme de la Batailleuse se situent à Rochejean, dans un petit village du Haut-Doubs à quelques pas seulement de la frontière Suisse et des stations de ski de cette moyenne montagne. Ce contexte frontalier a de nombreuses répercussions négatives sur la vitalité économique, démographique et sociale du territoire, du fait de la différence importante des niveaux de vie et des salaires entre les deux pays. Au-delà de l’enjeu de revitalisation rurale qui touche ce secteur frontalier, le panorama agricole du territoire est assez fortement homogène : au pays du comté, les fermes diversifiées et les productions agricoles autres que le lait de vaches ne sont pas communes (en 2020, 108 fermes sont en bovin lait sur les 130 fermes du territoire de la communauté de communes des Lacs et Montagnes du Haut Doubs, ce qui représente 83% des fermes).

Le noyau dur de départ est composé d’une petite dizaine de personnes qui portent le projet politique de l’association dans une démarche militante forte et assumée. Après quelques années d'existence très dynamique et enthousiasmantes, le CLAJ Franche-Comté se met en scission, pour des raisons politiques, avec la Fédération des CLAJ. Elle se lance alors à la recherche d’un nouveau lieu de vie pour réancrer son projet associatif et expérimenter la création de liens réciproques entre ville (Besançon, via l’achat d’un local urbain) et campagne. 

Ses membres sillonnent alors de fond en combles le Haut Doubs et le Haut Jura, jusqu’à trouver en 1980 une vieille bâtisse agricole à rénover en vente à Rochejean (pour l’équivalent de 100.000 euros actuels), à quelques kilomètres de la station de ski de Métabief. L’objectif de cet achat est d’y installer une équipe à l’année avec une activité productive en plus de l’accueil des vacanciers et de séjours d’enfants. Des chantiers bénévoles permettront de restaurer le bâtiment et d’y installer des dortoirs, en plus des chèvres et vaches, venues habiter les écuries de cette ferme jusque là désaffectées. 

En plus des chantiers participatifs qui mobiliseront aussi bien des gens de la ville que des gens du coin, de nombreux événements organisés par le CLAJ, dont notamment des soirées d’échanges régulières, ancreront des habitudes de rencontres autour du Souleret. L’approche en éducation populaire ainsi que l’appétence forte au dialogue des membres fondateurs de l’association (qui défendent qu’on puisse discuter de tout avec tout le monde même si on n’est pas d’accord) a probablement été l’une des clefs de voûte de l’ancrage et du développement de cette initiative là où personne ne l’attendait particulièrement. Les dimensions pédagogiques, ouvertes et chaleureuses de ces rencontres ont pu permettre de dépasser les différences et les clivages (politiques et sociaux) qui préexistaient entre les anciens et nouveaux habitants de Rochejean et de recréer de nouveaux vecteurs de liens sociaux. 

En parallèle de ses actions pédagogiques et intellectuelles (séjours, conférences, débats, arpentages, université d’été, projet d’imprimerie en auto-gestion…), les membres de l’association souhaitent faire l’expérience d’activités manuelles et notamment agricoles dans l’optique de trouver un équilibre fort de sens entre l’apprentissage intellectuel et matériel de l’autonomie. Quelques petits terrains permettent alors à l’association de prendre ses premiers animaux pour expérimenter l’apprentissage du métier de paysan.

En 1986, un incendie dévastateur réduit en cendres l’ancienne ferme rénovée du Souleret. Un élan de solidarité dans le village et aux alentours permet aux membres et aux animaux du collectif de trouver refuge. Cet incident aurait pu signer le coup d’arrêt de cette expérience collective ; au contraire, la phase de reconstruction qui allait suivre marquera un tournant décisif dans l’histoire de la ferme et du centre d’accueil. Après plusieurs années de chantiers participatifs, le Souleret est reconstruit sur ses cendres et devient une structure d’hébergement de 50 places. Notamment grâce au soutien de deux paysans de Rochejean, un terrain d’un hectare est acheté par le collectif en bordure du ruisseau de la Batailleuse (qui donnera son nom à la future ferme). La ferme y est donc reconstruite hors du village, pour limiter les nuisances pour les habitations des riverains et pour donner une plus grande envergure au projet agricole. Un changement d’échelle s’opère pour la ferme de la Batailleuse au moment de sa reconstruction en 1987 du fait que l’association du CLAJ décide de déposer un projet d’installation agricole à proprement parler (qui aboutira à la reconnaissance de l’association en tant qu’entreprise agricole sans changement de statuts nécessaire) et de faire un emprunt de 20 ans au Crédit Agricole (qui permettra l’acquisition de 20 vaches laitières et de 50 chèvres).

1980 : Acquisition d’une ancienne ferme en ruine, qui sera rénovée pour fonder le centre d’accueil du Souleret.

1986 : Un incendie détruit la ferme historique du Souleret et l’ébauche de ferme qui s’y dessinait. Les membres du CLAJ rebondiront de cet événement avec un nouvel élan de vitalité et décideront de donner au projet agricole une plus grande envergure.

2000 : Passage intégral de la ferme en agriculture biologique et développement de la vente directe.

2009 : Mise en place d’un fournil sur la ferme pour développer une activité de production de pains au levain, de pizzas et de biscuits bio

2018 : Refonte de l’organisation du travail salarié avec la mise en place de binôme référents pour chaque atelier et dissociation des activités salariées d’accueil et de production agricole

2022-2023 : Chantiers de rénovation du centre d’accueil du Souleret

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Reconnaissants du dynamisme et de l’avenance que le collectif du CLAJ apportait au village de Rochejean, des paysans ont activement soutenu le groupe dans sa recherche et son acquisition de terres agricoles. Au départ, les parcelles n'étaient pas les meilleures terres du secteur mais c’était suffisant pour atteindre la surface minimale pour une installation agricole.

Au fil des années, l’association a su tisser et entretenir une diversité de liens de solidarité et de partenariat avec diversité de collectifs, allant des acteurs de l’éducation aux syndicats en passant par les acteurs institutionnels. De plus, plusieurs membres de la Batailleuse se sont impliqués dans la vie politique locale en devenant élus municipaux. Cet engagement témoigne de l’implication et l’ancrage fort de l’association sur le territoire. En cultivant cette diversité de liens, le projet associatif du CLAJ a su faire vivre un réel laboratoire d’expérimentation militant, altermondialiste et autonomiste.

Au-delà de l’apprentissage du métier de paysan, l’accès au métier est fortement facilité par le modèle de salariat agricole que propose la ferme de la Batailleuse : devenir salarié agricole à la Batailleuse permet d’apprendre le métier voire de se pré-installer sans les risques que cela comporte normalement et de changer de métier plus facilement.
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Avec le départ de ses membres fondateurs et la vente de leur local associatif à Besançon, les liens de réciprocité qui étaient expérimentés par le CLAJ entre ville et campagne se sont nettement atténués, même s’ils continuent à exister ponctuellement avec les séjours d’accueil d’enfants.

L’association fait face à un turn-over important de ses salariés depuis quelques années. Si le salariat agricole apporte de nombreux avantages comme la facilité d’accès au métier et la garantie d’avoir des weekends, il ne permet pas à l’association de s’assurer un modèle économique autre que déficitaire pour l’activité agricole à proprement parler. C’est actuellement l’activité d’accueil social à la ferme de la Batailleuse qui permet à l’association d’équilibrer le déficit maîtrisé associé à l’activité agricole.

Ayant dû notamment porter d’importants investissements pour la rénovation et la mise aux normes de leur centre d’accueil, le CLAJ rencontre des difficultés à stabiliser et solidifier le modèle économique de l’association. En parallèle de l’activité agricole qui est telle qu’elle est structurellement déficitaire, l’activité d’accueil est rémunératrice bien qu’elle reste tout de même fragile au regard de la lourdeur administrative liée à l’évolution de la réglementation et des normes qui encadre ce type d’activité.

L’association est aujourd’hui fortement dépendante de différents aléas qui pourraient représenter un risque pour la pérennité de la structure. D’un côté, les aléas du changement climatique (en cours et à venir) pourraient avoir des conséquences importantes sur l’activité d’élevage de la ferme. De l’autre, des changements politiques forts, qui remettraient en cause les actuelles subventions que perçoit l’association de la part de la CAF ou d’autres organismes publiques, pourraient également avoir un impact fort sur l’avenir de la structure.

Étant située aussi bien à la frontière du département du Doubs, de la région BFC mais aussi du pays, les membres de la ferme de la Batailleuse ressentent un relatif isolement du fait qu’ils soient géographiquement excentrés.

Au fur et à mesure des opportunités foncières, l’association a progressivement récupéré des terrains vacants, des communaux ou encore des terrains privés à la suite de départs en retraite. La ferme de la Batailleuse a atteint près de 120 hectares de SAU à son apogée.

Sur les 75 hectares qui composent aujourd’hui la ferme, le CLAJ est propriétaire d’environ 9 ha et 13 ha sont des communaux (estives). De temps à autres, l’association se voit proposée à l’achat des petites parcelles éparpillées par des propriétaires privés auprès desquels elle est locataire.

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L’association entend approfondir le travail de réflexion qu’elle a entamé sur son modèle économique et ses statuts actuels pour envisager des pistes d’évolution. 

Le CLAJ souhaiterait notamment trouver une manière de faire reconnaître son statut de ferme-école pour ainsi pouvoir rebâtir sur une autre logique son modèle économique et pérenniser ce rôle clef que l’association garantit. Par ailleurs, ces réflexions sur le modèle économique de la structure permettent au CA de s’interroger sur la pertinence (ou non) du statut associatif.

Cet élan de réflexion collectif permet également à la structure associative de se poser la question (pourtant cruciale) de la transmissibilité de cette ferme unique en son genre.

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Antoine de Saint-Exupéry

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