L’agriculture face aux politiques alimentaires : une analyse comparée dans trois régions françaises
L’émergence du nouveau problème public de l’alimentation dresse les contours d’une controverse des politiques agricoles. En effet, pour « manger mieux » il faudrait d’abord « produire mieux », c’est-à-dire transformer le modèle agricole sur lequel s’adosse notre système alimentaire industriel. Cette thèse analyse la traduction, le cheminement et la portée de cette controverse à l’échelle des gouvernements infranationaux : les volets agricoles des politiques alimentaires territoriales renouvellent-ils la régulation publique locale du secteur agricole ?
Cette thèse mène une analyse comparée de neuf politiques alimentaires locales dans les régions Bretagne, Grand Est et Occitanie.
À l’échelle des gouvernements urbains, l’accession au pouvoir d’outsiders politiques de l’alimentation est porteuse de propositions alternatives pour le développement agricole local, mais les compétences et les rapports de force internes des administrations urbaines freinent cependant considérablement la mise en oeuvre opérationnelle et la portée de leur programme politique. À l’échelle régionale, les politiques alimentaires de promotion des produits locaux constituent un soutien classique du secteur agroalimentaire, sans transformation du modèle agricole promu sur les territoires. Ces politiques sont largement investies par les élites agricoles locales dont l’action oscille entre neutralisation ou accompagnement des controverses alimentaires. Nous montrons aussi que les politiques alimentaires territoriales s’inscrivent dans des stratégies de communication (marketing territorial ou marketing politique) et constituent de nouvelles ressources symboliques permettant aux autorités publiques et aux élites agricoles locales de réaffirmer leur pouvoir.
